Par Nadia Rosset, Médiatrice familiale ASMF/FSM, le 10 juillet 2021.

Pour définir la médiation familiale, je partirai de ce que nous transmet Jocelyne Dahan (la médiation familiale – Essentialis – Ed. Morisset, 1966):
« La médiation familiale en matière de divorce ou de séparation a pour objectif de permettre aux parents d’exercer leurs responsabilités parentales dans un climat de coopération et de respect mutuel. Les couples demandent ou acceptent l’intervention confidentielle d’une tierce personne, qualifiée, appelée « médiateur familial ». Le rôle du médiateur est de les amener à trouver eux-mêmes les bases d’un accord durable et mutuellement acceptable, tenant compte des besoins de chacun des membres de la famille et particulièrement de ceux des enfants dans un esprit de coresponsabilité parentale ».
Le médiateur n’est ni psychologue, ni thérapeute, ni juge. Lors d’une séparation ou d’un divorce, le couple a un processus de deuil à faire : celui du passage de la vie de famille à la séparation effective. Le conjoint qui prend la décision de partir a souvent un temps d’avance sur celui qui entend cette décision.
Il faut prendre en compte ce décalage pour avancer dans le processus de médiation.
La médiation permet

  • d’instaurer un climat de respect entre les deux conjoints
  • d’exposer les difficultés et les besoins de chacun
  • de comprendre et de clarifier ce qui a amené à cette situation
  • à chacun d’exprimer sa souffrance.

Elle permet aussi d’apaiser le conflit et d’accompagner le couple et les parents dans la recherche de leurs solutions pour le futur.
Il faut que le couple arrive à dépasser son conflit de couple et qu’il puisse s’approprier son rôle de parents car c’est un rôle qu’ils assumeront toute leur vie, même en étant séparés.
En montrant de l’empathie, en reformulant ce que chacun dit, le médiateur arrive à maintenir un dialogue respectueux et constructif. S’il voit qu’il n’y parvient pas, il doit se remettre en question, voire stopper la médiation.
Les couples qui optent pour la médiation sont souvent en premier préoccupés par le bien des enfants. Les parents sont tous les deux d’accord que les enfants n’y sont pour rien dans leur problème de couple et ils essayent de faire en sorte de les préserver le plus possible.
Le médiateur doit mettre à disposition du couple un espace de parole, assurer la confidentialité des entretiens et rester neutre et impartial. Il doit laisser le couple se renseigner sur les différents aspects à régler dans le cadre légal. En effet, il ne donne pas au couple une solution toute faite, mais il les laisse faire des démarches ensemble pour qu’ils puissent prendre leurs décisions.
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Les parties doivent collaborer et mettre de côté leur rancœur. Le médiateur veille à ce que les décisions prises à la suite du dialogue correspondent à une réelle volonté exprimée par les deux conjoints et qu’il n’y a pas eu de pression exercée par l’un ou l’autre.
Contrairement à l’avocat, le médiateur ne se rend pas avec le couple au tribunal. Il ne sait donc pas comment l’audience s’est déroulée, ni comment le couple l’a vécue.
Dans un cadre juridique, les parents ne sont pas acteurs de leurs décisions ou du moins pas totalement. En effet, le juge est là pour concilier d’abord et ensuite trancher lorsque ces derniers ne peuvent pas se mettre d’accord. Souvent la décision prise ne conviendra ni à l’un ni à l’autre des parents mais ils devront faire avec. Il est probable que parfois, alors que les rancœurs sont telles et que chaque mot prononcé est entendu comme un reproche par l’autre interlocuteur, la seule façon de mettre un cadre est de passer par la justice jusqu’à ce que le deuil de la relation fasse son chemin et que les époux puissent séparer leur conflit conjugal de leur devoir parental.
Par la suite, le juge peut envoyer les parents en médiation pour régler le droit de visite ou l’autorité parentale conjointe. Le travail du médiateur est alors plus difficile, en tout cas lors de la première séance, car la médiation est une démarche volontaire et les parents doivent se réapproprier leurs décisions, qui ne sont pas celles décidées en justice. Mais parfois aussi, les parents sont surpris de pouvoir communiquer et se rendent compte qu’ils ne l’ont pas fait depuis longtemps. S’ils arrivent à dépasser tout ce qui s’est passé jusqu’à présent, ils pourront redevenir les acteurs de leurs décisions.
En justice comme en médiation, les avocats ont un rôle à jouer qui est important. Ils peuvent collaborer pour amener leurs clients à trouver quand même des points de concordances pour éviter de les laisser se déchirer dans de longues et coûteuses procédures civiles, voire pénales.
L’enfant est souvent invité par le juge à une audition pour vérifier que ce qui a été prévu par les adultes lui convient. Le bien de l’enfant doit être pris en compte mais plus la procédure est conflictuelle, plus l’enfant en subit les retombées.
Dans une audience, le juge s’adressera plutôt à l’avocat qui représente son client et les époux peuvent se sentir frustrés car ils n’ont pas à prendre la parole, ou rassurés car la délégation leur va très bien. Le juge a un programme chargé et ne peut pas prendre le temps nécessaire pour les écouter plus que le temps de l’audience. Il prend ensuite la décision qui lui semble la plus appropriée et comme dit précédemment, ce n’est pas forcément celle que chacune des parties attend.
Mais il faut parfois en passer par cette étape pour réaliser qu’on perd dans une procédure conflictuelle sa santé, son argent et sa faculté d’être parent, trop pris dans ce conflit de couple qui n’en finit pas où l’amour d’avant et la souffrance du moment se rejoignent.