Par Dr. méd. Charles-Edouard Rengade, psychiatre-psychothérapeute auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes.

 

Sur l’échelle des évènements marquant de la vie selon Holmes et Rahe (1997), une échelle qui mesure les stress, les divorces arrivent en deuxième position avec un score à 73/100, juste après la mort d’un conjoint (coté à 100), et devant une maladie (57) et un mariage (50). On peut aussi noter que les disputes conjugales qui se multiplient sont cotées à 35/100.

Les divorcent peuvent apporter des effets positifs sur les enfants, avec la disparition des conflits. Les facteurs bénéfiques reconnus sont les suivants : des parents coopératifs, une résidence conjointe, la présence de bienveillance et le maintien des liens familiaux, le soutien de l’entourage.

Les réactions des enfants peuvent être très variées, allant des attitudes de plus résilientes à l’expression des plus profondes détresses. À minima, les enfants peuvent percevoir un sentiment d’abandon, craindre d’être moins aimé ou d’être la cause de la séparation pour les petits. Ils ont besoin d’être rassurés sur ces points évidemment!

Souvent ce n’est pas la séparation qui est mal vécue, car elle diminue les tensions, les conflits voire les violences intrafamiliales dont les enfants peuvent être témoins et parfois victimes. Toutefois, avant la séparation, les échanges entre les parents peuvent être très conflictuels, traversés de violences diverses, verbales, psychologique, physique ou sexuelle. Les enfants du couple en sont des victimes indirectes.

L’attitude parentale est fondamentale et peut induire des troubles du développement chez les enfants. En voici quelques exemples non-exhaustifs:

Difficulté chez un des parents Impact sur la parentalité Impact sur l’enfant
Dépression Distanciation affective Carences affectives
Conflits parentaux Violences Troubles du comportement et troubles affectifs
Abus de toxiques Inadéquations et attitudes paradoxales Troubles anxieux, insécurité
Indifférence aux enfants Désinvestissement Faible estime de soi
Fausses allégations Perte de fiabilité Insécurité et perte de confiance, conflits de loyauté

 

Il reste difficile d’évaluer l’impact d’un divorce sur les enfants à long terme, sur leur future vie amoureuse et sur leur scolarité. Il est certain qu’il n’existe pas de transmission intergénérationnelle du divorce, mais on voit que les enfants de parents divorcés montrent plus d’appréhension à s’engager auprès d’un partenaire, ou repoussent le choix d’un partenaire durable par rapport à ceux qui n’ont pas vécu de divorce de leurs parents.

Si le schéma parental n’est pas toujours traumatisant, il reste marquant. Les parents sont des modèles pour l’enfant. Il apprendra à travers leur exemple comment aborder un conflit, respecter l’autre et s’affirmer. Les études montrent qu’un enfant confronté à la violence comme victime pourrait devenir plus facilement agresseur dans le futur, sans déterminisme toutefois (Bandura, Ross et Ross, 1961). Montrer à ses enfants que des adultes peuvent être en conflit mais continuer à se respecter mutuellement leur enseigne aussi la résilience et la dignité.

Pour évaluer sa propre famille et prendre conscience des ressources mais aussi des difficultés, chacun peut tenter de répondre à ces pistes d’analyse:

  • Quels sont les évènements marquant des trois dernières années? Par exemple, le décès d’un grand-parent, une hospitalisation avec l’éloignement d’un parent, le sentiment d’abandon maternel.
  • Quels sont les facteurs de risque? Par exemple, le jeune âge, le sentiment de rejet exprimé de l’enfant, l’isolement social, la précarité financière, un mauvais accès aux soins.
  • Quelles sont les émotions négatives? Par exemple, la déception, la tristesse, la colère ressentie envers l’abandon d’un des parents, la peur face à la Justice.
  • Quelles sont les situations dangereuses? Par exemple, le fait d’être seul avec sa sœur, les périodes de maladie d’un des parents.
  • Quels sont les laisser-aller? Par exemple, la famille est recluse sur elle-même, l’existence d’une méfiance face aux intervenant externes.
  • Quels sont les facteurs de protection? Par exemple, la solidarité intrafamiliale, l’autonomie précocement apprise, l’alimentation pourvue.

Prendre conscience de l’impact des conflits sur nos enfants nous permet de rester attentifs à l’image parentale et éducative qu’on peut leur offrir ! L’enjeux, ici, est de leur montrer par le modèle d’adulte que nous sommes comme gérer des conflits de manière respectueuse, c’est-à-dire en évitant la disqualification, en assumant ses propres responsabilités, en respectant les besoins de sécurité et de réassurance des enfants notamment.